Manali. L’endroit où on a failli rester.
En fait, au départ, je suis passé près de rester à Delhi. Mon chauffeur arrivait pas à trouver le maudit terminus où je devais prendre mon bus. J’suis arrivé juste à temps. J’embarque, le moteur part et on attend.
On attend.
Ça fait à peu près 10 minutes qu’on parle dans le bus pis qu’on avance toujours pas.
Un moment donné, en regardant par la fenêtre, on remarque un attroupement de gens sur le côté du bus. Mais on est pas assez curieux pour aller voir ce qui se passe. On continue de jaser.
Tout à coup, le chauffeur appuie doucement sur le gaz.
POW! Shhhhhh…
Bon, dis-moi pas qu’on a une crevaison. Ça fait deux fois que je prends le bus en Inde, pis ça fait deux fois qu’on a une crevaison. L’autre fois, c’était la nuit, dans le milieu de nulle part, en revenant de McLeod Ganj.
Mais oui, on a bel et bien une crevaison. C’est pour ça qu’on attendait depuis tout ce temps. Il y avait une cochonnerie coincée dans un pneu pis ça l’a finalement fait éclater. À cause de ça, on finit par partir avec une heure de retard.
Anyway, on roule une dizaine d’heures sans embuche, à part un chien qu’on a écrasé sur la route. Et on est enfin arrivés à destination : Manali.
Nous, on vient pour faire du trekking. Mais apparemment que c’est aussi supposé être une destination de choix pour les poteux et les hippies. Je peux pas dire qu’on en a vu gros étant donné qu’on était dans la saison off. Mais c’est la première fois que je voyais des Indiens complètement défoncés qui titubent avec les pantalons à terre, fesses à l’air.
Dès qu’on arrive, on va se louer une tente, on va faire des provisions, on achète une bouteille de vodka pour se mettre dans l’ambiance pis on se trouve un chauffeur pour nous amener à notre trek. Pis on part dans l’Himalaya.
Au début, on croisait des gens dans les villages.
« Guide? »
Euh non… pas de guide pour nous. C’tu ben grave? Rien de rassurant, mais on continue pareil. Le chemin est assez bien délimité. Ça monte, ça monte.
Mais au bout d’un certain temps, on commence à être de moins à moins certains d’être sur la bonne voie. Pourquoi on le sait? Depuis le début, y’a de la merde sur le chemin. Là, y’en a pas. Donc, pas de vaches, de chevaux, d’ânes, de chiens, d’humains qui sont passés par ici.
On a commencé à se sentir comme les Américains qui faisaient du trekking en Irak et qui se sont malencontreusement ramassés en Iran. On connait la suite. Nous, on était pas ben loin de la Chine.
Mais bon, on veut pas finir nos jours ici. Faut absolument retrouver la merde, c’est-à-dire le chemin. Finalement, on en trouve un. Que ce soit le nôtre ou non, on le suit en se disant que tant qu’on est dans marde, c’est bon signe. Paradoxal, hen?
Sauf que là, on marche, on marche, on marche, mais on arrive toujours pas au campement. Le soleil commence à descendre, l’air se refroidit. Si on veut pas rester pris ici, on doit redescendre et trouver un terrain plat où installer notre campement do it yourself.
On réussit à trouver un spot. C’est l’enclos de deux chevaux, mais ils nous ont donné la permission. On monte les tentes, on s’habille chaudement, on allume un feu, on prend des gorgées de vodka en mangeant des conserves. On va se coucher.
Fait frette. Toute la nuit.
Le lendemain matin, on sacre notre camp. On doit descendre la montagne et rentrer à Manali, à pied cette fois-ci. Ç’a été long, mais on a réussi. Je peux pas dire combien de kilomètres on a marché en deux jours, mais disons que c’était une méchante bonne pratique pour le demi-marathon de Delhi.
Complètement épuisés, on prend le bus pour le retour à Delhi en espérant ne pas avoir de crevaison encore une fois. Tout va bien pendant la première heure de route. Tout à coup, on voit quelque chose en plein milieu de la route. Une grosse affaire. Un gros rocher, en fait. Il y a eu un éboulement de terrain quelques minutes auparavant.
Il faut contourner le gigantesque rocher avec notre gros bus. Soit qu’on passe à droite, sur le bord d’une falaise pis qu’on risque de tomber en bas. Soit qu’on passe à gauche, en frôlant une paroi rocheuse qui menace de s’écrouler encore une fois. Soit qu’on retourne à Manali et que je finisse mes jours comme guide de trekking. On choisit la deuxième option. Pis ç’a fonctionné, heureusement. Au bout d’une trentaine de minutes à avancer, reculer et rajuster le tir, le bus a réussi à se faufiler.
Direction maison.























