SACRAMENT!
Oui, je sais. Vous excuserez mon langage pas trop délicat. Mais essayez de vous faire sauter un feu d’artifice en pleine face pis on s’en reparlera.
Écoutez ben ça.
Je m’en vais à une soirée pour célébrer Diwali, la fête des lumières. Pour la plupart des Indiens, c’est un peu l’équivalent de Noël et du Jour de l’An en même temps. On pose des lumières, on fête en famille, on se donne des cadeaux et on mange sucré. Sauf qu’en plus, le trip, c’est de chasser les mauvais esprits en faisant sauter des pétards pis des feux d’artifice. C’est un peu comme la bataille de Do Lung Bridge dans Apocalypse Now. Y’a des éclats de lumière, de la fumée enivrante, des détonations bruyantes et une odeur permanente de déflagration.
Je me cherche un rickshaw pour me rendre à mon party. Exceptionnellement, y’en a pas gros ce soir-là étant donné que les chauffeurs sont tous en train de faire le party eux aussi. J’admets qu’en tant qu’Indiens, ils ont plus le droit que moi.
Après 10 minutes de recherche, j’en trouve enfin un.
« 100 rupees. »
No way! J’m'en vais juste à côté.
« Festival today. »
Ah, come on bhaya! Je négocie un peu et j’embarque.
On roule pendant une dizaine de minutes. Ça me laisse le temps d’admirer les lumières qui décorent les maisons et les feux d’artifice qui explosent partout. Et le smog qui s’est formé à force de faire sauter ces feux-là jour et nuit pendant toute la semaine.
J’arrive presqu’à destination. Stop bhaiya. T’as pas l’air de tout à fait comprendre où je veux aller, donc je vais marcher le reste.
Je débarque de mon siège. Je mets la main dans ma poche pour sortir mon stash de rupees.
POW!
S’ensuit mon fameux juron, des étincelles à profusion, un chauffeur qui plonge hors de son rickshaw en tentant d’éteindre sa touffe en feu, et un p’tit vieux qui tombe par terre parce que je lui ai reculé dedans.
Coudonc, c’est quoi qui vient de se passer?!
Après qu’on se soit ressaisi, on a enfin compris. Deux p’tits gars voulaient faire sauter un pétard qui, au lieu de se diriger vers le ciel pollué de Delhi, s’était dirigé maladroitement sur mon siège de rickshaw.
Je m’attendais à ce que quelqu’un se fâche de toute cette histoire-là.
Ben non, même pas.
Le chauffeur part à rire et souhaite « Happy Diwali » aux morveux. Et le p’tit vieux fait pareil en m’enlaçant après l’avoir aidé à se relever.
En tout cas, tout ça pour dire que, j’aurais pu persévérer avec mon chauffeur, débarquer plus loin en toute sécurité et ne jamais avoir à vous relater cette anecdote. Sinon, j’aurais pu rester assis un peu plus longtemps sur ma banquette, recevoir un feu d’artifice en pleine tronche, pour finalement vous écrire ce billet de blogue sans sourcils.
Mais le hasard a bien fait les choses : j’ai une anecdote et j’ai toujours mes sourcils.
Joyeux Diwali.

Ben là. Si tu mets pas une photo de tes sourcils, on te croit pas.