Si près du but.
La frontière était juste là. J’aurais pu avancer de quatre ou cinq pas et me retrouver à Wagah, au Pakistan. Mais ça m’était impossible. J’ai dû rester à Attari, en sol indien, pour observer ce qui se passe de l’autre côté.
Il est environ 17h, un dimanche. Je m’assois dans des estrades avec une gang d’Indiens déchaînés. On aurait dit un match des séries contre Boston au Centre Bell. Les Indiennes dansent au milieu de la place sur des airs de chansons de Bollywood. Les hommes, tous debout, crient, chantent, tapent des mains, brandissent leurs drapeaux, portent fièrement leurs couleurs et scandent « HINDUSTAN! HINDUSTAN! HINDUSTAN! ».
De l’autre côté, c’est à peu près pareil, mais avec un peu plus de retenue chez les femmes. Et on scande « PAKISTAN! ».
On est en train d’assister à la cérémonie de fermeture de la frontière indo-pakistanaise. Le même spectacle a lieu à chaque jour. Le matin pour l’ouverture, le soir pour la fermeture. 365 jours par année.
« OOOOOOOOOOOOOOOHAH! », crie un militaire indien.
« OOOOOOOOOOOOOOOHAH! », répond son homologue pakistanais.
Les deux côtés envoient à toute vitesse deux de leurs dévoués soldats en direction de la clôture. On dirait vraiment une confrontation entre de dindes. Pendant un bon quinze minutes, il y a un va et vient de dindes, jusqu’à ce qu’on ait un enclos bien rempli.
Au bout d’un certain temps, les deux côtés descendent leur drapeau, lentement, lentement, lentement. Puis, les deux drapeaux se croisent, et là, ça va vite, pis tout le monde capote. On décroche les drapeaux, on les plie, on se serre la main et on claque les clôtures. Les Pakistanais et les Indiens se lèvent, crient, applaudissent, virent complètement fous.
La cérémonie est assez symbolique. Elle est coordonnée entre les deux parties mais, en même temps, chacun essaie de surpasser l’autre. Elle représente à la fois l’esprit de famille entre les populations indienne et pakistanaise, de même que la compétition que se livrent les deux pays au niveau politique.
Prochaine fois que je vois la cérémonie, j’vais être de l’autre bord.
Une vidéo pour tout comprendre :







