Nice try.
Le meilleur des deux mondes.
« Allo? T’es où? »
Dans mon lit, chez moi.
Eh merde… Y’est rendu 6h15 du matin. J’avais prévu dormir seulement deux heures. Mais j’me suis pas réveillé. J’en ai dormi quatre. Pis là, on me dit que mon train pour aller à Agra part sans moi.
Heureusement, j’suis pas seul dans cette situation. Vite, on se réserve des billets de bus. On se fait royalement crosser, mais on veut absolument aller à Agra.
Au lieu d’un voyage de deux heures sur rails, on nous annonce qu’on devra subir quatre heures de route. En plus, c’est brumeux et il y a du trafic. Manque plus qu’une crevaison. On n’en aura pas, au moins. Sauf que le voyage aura pris six heures au lieu de quatre. J’ai passé le temps en prenant ben des photos.
On arrive à Agra en début d’après-midi. On nous débarque devant le Fort d’Agra. Je mets le pied à terre, sur le gros nerf, le ventre vide, fatigué. On visite le fort. Encore un autre fort. Il y en a combien en Inde?
Mais si on est allé à Agra, c’est avant tout pour voir le Taj Mahal. Normalement, c’est genre le premier endroit qu’on va visiter quand on arrive en Inde. Moi, j’étais pas vraiment pressé de le faire. Mais après l’avoir vu, je peux dire que ça vaut la peine. Même si on l’a déjà vu dans Slumdog Millionaire ou sur une carte postale, c’est encore plus impressionnant en vrai.
Sinon, la ville d’Agra, c’est pas grand-chose. Notre train de retour a été retardé de deux heures. On savait pas trop quoi faire, à part attendre à la gare.
Enfin, le train arrive. On s’assoit, on nous sert à manger. Je bouffe tout en cinq minutes pis je m’endors la tête toute molle dans le milieu de l’allée, la bouche grande ouverte, avec toute mes cochonneries sur ma p’tite table devant moi. Ça devait être beau à voir.
De retour à Delhi.
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Manali. L’endroit où on a failli rester.
En fait, au départ, je suis passé près de rester à Delhi. Mon chauffeur arrivait pas à trouver le maudit terminus où je devais prendre mon bus. J’suis arrivé juste à temps. J’embarque, le moteur part et on attend.
On attend.
Ça fait à peu près 10 minutes qu’on parle dans le bus pis qu’on avance toujours pas.
Un moment donné, en regardant par la fenêtre, on remarque un attroupement de gens sur le côté du bus. Mais on est pas assez curieux pour aller voir ce qui se passe. On continue de jaser.
Tout à coup, le chauffeur appuie doucement sur le gaz.
POW! Shhhhhh…
Bon, dis-moi pas qu’on a une crevaison. Ça fait deux fois que je prends le bus en Inde, pis ça fait deux fois qu’on a une crevaison. L’autre fois, c’était la nuit, dans le milieu de nulle part, en revenant de McLeod Ganj.
Mais oui, on a bel et bien une crevaison. C’est pour ça qu’on attendait depuis tout ce temps. Il y avait une cochonnerie coincée dans un pneu pis ça l’a finalement fait éclater. À cause de ça, on finit par partir avec une heure de retard.
Anyway, on roule une dizaine d’heures sans embuche, à part un chien qu’on a écrasé sur la route. Et on est enfin arrivés à destination : Manali.
Nous, on vient pour faire du trekking. Mais apparemment que c’est aussi supposé être une destination de choix pour les poteux et les hippies. Je peux pas dire qu’on en a vu gros étant donné qu’on était dans la saison off. Mais c’est la première fois que je voyais des Indiens complètement défoncés qui titubent avec les pantalons à terre, fesses à l’air.
Dès qu’on arrive, on va se louer une tente, on va faire des provisions, on achète une bouteille de vodka pour se mettre dans l’ambiance pis on se trouve un chauffeur pour nous amener à notre trek. Pis on part dans l’Himalaya.
Au début, on croisait des gens dans les villages.
« Guide? »
Euh non… pas de guide pour nous. C’tu ben grave? Rien de rassurant, mais on continue pareil. Le chemin est assez bien délimité. Ça monte, ça monte.
Mais au bout d’un certain temps, on commence à être de moins à moins certains d’être sur la bonne voie. Pourquoi on le sait? Depuis le début, y’a de la merde sur le chemin. Là, y’en a pas. Donc, pas de vaches, de chevaux, d’ânes, de chiens, d’humains qui sont passés par ici.
On a commencé à se sentir comme les Américains qui faisaient du trekking en Irak et qui se sont malencontreusement ramassés en Iran. On connait la suite. Nous, on était pas ben loin de la Chine.
Mais bon, on veut pas finir nos jours ici. Faut absolument retrouver la merde, c’est-à-dire le chemin. Finalement, on en trouve un. Que ce soit le nôtre ou non, on le suit en se disant que tant qu’on est dans marde, c’est bon signe. Paradoxal, hen?
Sauf que là, on marche, on marche, on marche, mais on arrive toujours pas au campement. Le soleil commence à descendre, l’air se refroidit. Si on veut pas rester pris ici, on doit redescendre et trouver un terrain plat où installer notre campement do it yourself.
On réussit à trouver un spot. C’est l’enclos de deux chevaux, mais ils nous ont donné la permission. On monte les tentes, on s’habille chaudement, on allume un feu, on prend des gorgées de vodka en mangeant des conserves. On va se coucher.
Fait frette. Toute la nuit.
Le lendemain matin, on sacre notre camp. On doit descendre la montagne et rentrer à Manali, à pied cette fois-ci. Ç’a été long, mais on a réussi. Je peux pas dire combien de kilomètres on a marché en deux jours, mais disons que c’était une méchante bonne pratique pour le demi-marathon de Delhi.
Complètement épuisés, on prend le bus pour le retour à Delhi en espérant ne pas avoir de crevaison encore une fois. Tout va bien pendant la première heure de route. Tout à coup, on voit quelque chose en plein milieu de la route. Une grosse affaire. Un gros rocher, en fait. Il y a eu un éboulement de terrain quelques minutes auparavant.
Il faut contourner le gigantesque rocher avec notre gros bus. Soit qu’on passe à droite, sur le bord d’une falaise pis qu’on risque de tomber en bas. Soit qu’on passe à gauche, en frôlant une paroi rocheuse qui menace de s’écrouler encore une fois. Soit qu’on retourne à Manali et que je finisse mes jours comme guide de trekking. On choisit la deuxième option. Pis ç’a fonctionné, heureusement. Au bout d’une trentaine de minutes à avancer, reculer et rajuster le tir, le bus a réussi à se faufiler.
Direction maison.
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On est à la mi-octobre. C’est vendredi pis je pars à Jodhpur en soirée.
Mais j’ai été invité à un mariage pis je veux aller faire un tour avant de partir. Un ami passe me prendre. On dévale les rues de Delhi sur sa moto, en toxedo.
On arrive à l’église. La cérémonie vient de se terminer, mais les célébrations commencent. J’ai environ une heure devant moi pour en profiter. On me présente à tous les membres de la famille, je fais une séance de photos avec les mariés, je mange leur gâteau, un chow mein, des pakoras et je submerge tout ça d’une couple de verres de Limca. On saute sur la moto, on revient chez moi, je prends mon bagage, je file vers la gare.
Rendu là, je réalise qu’on est en fait un groupe d’une vingtaine d’expats à partir pour Jodhpur en sleeper class sur un train de nuit. Sleeper class, c’est quoi? Disons que c’est tout l’inverse du confort d’un voyage en première classe. Ça devrait s’appeler Try to Sleep Class. Ça pue, c’est sale, c’est poussiéreux, c’est bruyant pis, en plus, y’avait un rat qui se promenait dans le wagon. T’arrives à destination pis tu mouches noir. Moi, j’trouve ça drôle. C’est authentique. Pis ça coûte seulement 200 roupies (environ 4$).
Bon, on arrive à destination. Tout le monde se donne rendez-vous dans Mehrangarh Fort. En fait, si on est venu à Jodhpur, c’est pour assister au Rajasthan International Folk Festival qui a lieu dans le fort. Mick Jagger commanditait l’événement, mais y’était même pas là.
On a vu une couple d’artistes de musique traditionnelle rajasthani, des filles qui dansent avec du feu, des filles qui dansent avec des épées sur la tête, des gars qui mangent des tisons, des gars déguisés en filles pis, à la fin, un band rock-reggae-flamenco-pis toute de San Francisco.
Sinon, qu’est-ce qu’on a fait d’autre? On est allé écouter le rugby dans un bar trop sombre avec de la Kingfisher Ultra, des crackers au masala et des nachos douteux. Pis on a visité des monuments et un palais.
Bref, Jodhpur, c’est la ville bleue, comme vous pouvez voir sur certaines photos. C’est un peu labyrinthique aussi. J’ai perdu mon chemin chaque fois que j’ai essayé de retourner à notre guest house. Y’a beaucoup de vaches. J’ai même vu une tortue qui mange des tomates dans un resto.
On reprend le train. Je reviens à Delhi. Tout va ben. Mais je mouche noir.
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Ça fait au moins 40 ans que j’ai pas écrit sur ce blogue-là. Il s’en est passé des affaires en 40 ans, dont plusieurs voyages. Chacun a été marqué par certaines aventures/mésaventures.
Je vais donc commencer par le début, c’est-à-dire par mon voyage à Dharamshala au début octobre. En fait, tout le monde dit « je m’en vais à Dharamshala », « j’suis allé à Dharamshala », sauf que dans le fond, quand on va à Dharamshala, on va plutôt juste à côté, à McLeod Ganj, parce qu’à Dharamshala, y’a rien pentoute.
Donc, je reprends : mon voyage à McLeod Ganj. À vrai dire, j’ai passé près de le skipper. La nuit avant de partir, j’ai été malade pour la première fois depuis mon arrivée en Inde. À peu près comme la p’tite fille dans L’Exorciste.
L’eau, c’est comme du poison ici. On avait demandé de l’eau filtré dans un maudit beau resto propre. Le serveur avait pas l’air sûr de ce qu’on lui demandait, mais il pouvait pas nous le dire qu’il comprenait pas. On prend une couple de gorgées. Fuck. T’es sûr que c’est de l’eau filtrée.
Figure stoïque du serveur.
À partir de ce moment-là, je savais ce qui allait s’en aller se passer. Ça pouvait se passer à tout instant. Heureusement, ça s’est passé durant la nuit, chez moi.
Quand je me suis réveillé le vendredi matin, j’étais tout croche, déshydraté, toujours nauséeux, mais vide de l’intérieur. Pis je pensais juste à une chose : je pars à Dharamshala à 5h ce soir. McLeod Ganj, pardon.
J’ai 8 heures devant moi. Si je veux pas annuler mon voyage, faut que je trouve le moyen de mieux filer. Je dors. J’engloutis des bouteilles d’eau boostée aux électrolytes. Le temps passe et ma situation reste la même.
Pis de la marde, je pars pareil.
Une dizaine d’heures de bus à faire sur des routes indiennes. Ça brasse. On va vite pis on tourne dans tous les sens. Au moins, j’ai l’estomac vide.
À un certain point, on avance moins vite. Je tasse mon rideau pour voir qu’est-ce qui se passe.
Woh.
Soit que les bus indiens sont hauts sur roues, soit qu’on est sur le bord d’une falaise pis que je vois pas le fond. C’est signe qu’on arrive à Dharamshala.
À McLeod Ganj, s’cusez.
Au bout d’une heure à se promener en zigzag sur le bord des falaises, sans que les brakes lâchent, on arrive. On est ben. Fait frette dans les montagnes. On se croit ailleurs qu’en Inde. En plus, y’a plein de moines bouddhistes qui se promènent partout. En fait, Dharamshala/McLeod Ganj, c’est le siège du gouvernement tibétain en exil. Ça explique bien des choses.
Première chose qu’on fait, on se rend au temple du Dalaï Lama. Ben oui, His Holiness a son temple pis sa maison ici. Mais il est jamais là. Comme on le sait, le Dalaï Lama se promène de pays en pays, ce qui « oblige » le gouvernement chinois à écrire des communiqués de mécontentement aux gouvernements qui le reçoivent.
Mais là, le timing était parfait pour nous. Le Dalaï Lama était à McLeod Ganj cette fin de semaine-là pour donner un teaching. On pouvait le voir pour 10 roupies, c’est-à-dire 0,20$. Une vraie joke.
On débourse chacun 10 roupies, on se fait donner une carte de sécurité, on se fait fouiller pis on va s’asseoir dans le temple.
Voyant que j’étais mal en point, un groupe de moines m’a fait une place sur leur matelas de sol. Là, j’étais ben. C’était calme, faisait froid, je dormais avec une douce musique tibétaine. J’suis pas un gars ben spirituel, mais je me sentais guérir de l’intérieur. Il y a tout un vibe dans cet endroit-là.
Vers 13h, les moines se lèvent et commencent à se prosterner. On voit des gardes armés qui montent les escaliers. Pis là, le v’là, le Dalaï Lama. Le vrai. Avec ses grosses lunettes, son crâne rasé pis son kesa rouge vin. À cinq mètres de moi. Ça fait tout un feeling dans le ventre. Pis c’était pas parce que je commençais à avoir faim.
En tout cas, j’ai pu le voir pour environ une minute. Après ça, il est allé s’asseoir un peu plus loin pour commencer son teaching en tibétain. On comprenait rien pentoute, mais pis ça! On croise pas le Dalaï Lama à tous les jours.
Bref, c’était le highlight du voyage. Le reste était cool aussi. À part la visite du Dal Lake. C’est supposé être un lieu sacré. En tout cas, j’peux vous dire que ça m’a fait sacrer quand j’ai vu c’était quoi. Un lac d’eau brune, rempli de déchets, avec des vaches qui chient dedans pis deux-trois kids qui se baignent.
Mais bon, ça reste certainement mon voyage le plus mémorable, simplement parce que j’ai vu le Dalaï Lama. J’ai pas de photos pour vous le prouver, mais vous êtes ben mieux de me croire. Sauf que j’ai des photos pour tout le reste du voyage. Regardez-les si ça vous tente. Moi, faut que j’aille écouter la fin de Dr Doolittle 4.
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SACRAMENT!
Oui, je sais. Vous excuserez mon langage pas trop délicat. Mais essayez de vous faire sauter un feu d’artifice en pleine face pis on s’en reparlera.
Écoutez ben ça.
Je m’en vais à une soirée pour célébrer Diwali, la fête des lumières. Pour la plupart des Indiens, c’est un peu l’équivalent de Noël et du Jour de l’An en même temps. On pose des lumières, on fête en famille, on se donne des cadeaux et on mange sucré. Sauf qu’en plus, le trip, c’est de chasser les mauvais esprits en faisant sauter des pétards pis des feux d’artifice. C’est un peu comme la bataille de Do Lung Bridge dans Apocalypse Now. Y’a des éclats de lumière, de la fumée enivrante, des détonations bruyantes et une odeur permanente de déflagration.
Je me cherche un rickshaw pour me rendre à mon party. Exceptionnellement, y’en a pas gros ce soir-là étant donné que les chauffeurs sont tous en train de faire le party eux aussi. J’admets qu’en tant qu’Indiens, ils ont plus le droit que moi.
Après 10 minutes de recherche, j’en trouve enfin un.
« 100 rupees. »
No way! J’m'en vais juste à côté.
« Festival today. »
Ah, come on bhaya! Je négocie un peu et j’embarque.
On roule pendant une dizaine de minutes. Ça me laisse le temps d’admirer les lumières qui décorent les maisons et les feux d’artifice qui explosent partout. Et le smog qui s’est formé à force de faire sauter ces feux-là jour et nuit pendant toute la semaine.
J’arrive presqu’à destination. Stop bhaiya. T’as pas l’air de tout à fait comprendre où je veux aller, donc je vais marcher le reste.
Je débarque de mon siège. Je mets la main dans ma poche pour sortir mon stash de rupees.
POW!
S’ensuit mon fameux juron, des étincelles à profusion, un chauffeur qui plonge hors de son rickshaw en tentant d’éteindre sa touffe en feu, et un p’tit vieux qui tombe par terre parce que je lui ai reculé dedans.
Coudonc, c’est quoi qui vient de se passer?!
Après qu’on se soit ressaisi, on a enfin compris. Deux p’tits gars voulaient faire sauter un pétard qui, au lieu de se diriger vers le ciel pollué de Delhi, s’était dirigé maladroitement sur mon siège de rickshaw.
Je m’attendais à ce que quelqu’un se fâche de toute cette histoire-là.
Ben non, même pas.
Le chauffeur part à rire et souhaite « Happy Diwali » aux morveux. Et le p’tit vieux fait pareil en m’enlaçant après l’avoir aidé à se relever.
En tout cas, tout ça pour dire que, j’aurais pu persévérer avec mon chauffeur, débarquer plus loin en toute sécurité et ne jamais avoir à vous relater cette anecdote. Sinon, j’aurais pu rester assis un peu plus longtemps sur ma banquette, recevoir un feu d’artifice en pleine tronche, pour finalement vous écrire ce billet de blogue sans sourcils.
Mais le hasard a bien fait les choses : j’ai une anecdote et j’ai toujours mes sourcils.
Joyeux Diwali.
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Si près du but.
La frontière était juste là. J’aurais pu avancer de quatre ou cinq pas et me retrouver à Wagah, au Pakistan. Mais ça m’était impossible. J’ai dû rester à Attari, en sol indien, pour observer ce qui se passe de l’autre côté.
Il est environ 17h, un dimanche. Je m’assois dans des estrades avec une gang d’Indiens déchaînés. On aurait dit un match des séries contre Boston au Centre Bell. Les Indiennes dansent au milieu de la place sur des airs de chansons de Bollywood. Les hommes, tous debout, crient, chantent, tapent des mains, brandissent leurs drapeaux, portent fièrement leurs couleurs et scandent « HINDUSTAN! HINDUSTAN! HINDUSTAN! ».
De l’autre côté, c’est à peu près pareil, mais avec un peu plus de retenue chez les femmes. Et on scande « PAKISTAN! ».
On est en train d’assister à la cérémonie de fermeture de la frontière indo-pakistanaise. Le même spectacle a lieu à chaque jour. Le matin pour l’ouverture, le soir pour la fermeture. 365 jours par année.
« OOOOOOOOOOOOOOOHAH! », crie un militaire indien.
« OOOOOOOOOOOOOOOHAH! », répond son homologue pakistanais.
Les deux côtés envoient à toute vitesse deux de leurs dévoués soldats en direction de la clôture. On dirait vraiment une confrontation entre de dindes. Pendant un bon quinze minutes, il y a un va et vient de dindes, jusqu’à ce qu’on ait un enclos bien rempli.
Au bout d’un certain temps, les deux côtés descendent leur drapeau, lentement, lentement, lentement. Puis, les deux drapeaux se croisent, et là, ça va vite, pis tout le monde capote. On décroche les drapeaux, on les plie, on se serre la main et on claque les clôtures. Les Pakistanais et les Indiens se lèvent, crient, applaudissent, virent complètement fous.
La cérémonie est assez symbolique. Elle est coordonnée entre les deux parties mais, en même temps, chacun essaie de surpasser l’autre. Elle représente à la fois l’esprit de famille entre les populations indienne et pakistanaise, de même que la compétition que se livrent les deux pays au niveau politique.
Prochaine fois que je vois la cérémonie, j’vais être de l’autre bord.
Une vidéo pour tout comprendre :
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Hen?
« Four! »
Quoi? Pourquoi je me fais réveiller à quatre heures du matin par un barbu enturbanné armé d’une lance?
Ah, c’est le gardien du dortoir. Il veut pas qu’on manque notre train pour retourner à Delhi. Cool, le gars.
On lui file chacun 200 roupies comme donation pour nous avoir hébergés pendant deux nuits dans son temple. Ouais, on a dormi dans un temple. Un temple sikh. Le Harmandir Sahib, mieux connu sous le nom de Golden Temple.
On a aussi mangé là, avec nos mains, assis par terre, nu pieds, entouré d’une centaine de Sikhs. Gratos.
Bref, pendant une fin de semaine, on a vécu avec les Sikhs. Ce sont eux qui portent le Kirpan, le petit poignard qui a causé la crise existentielle
québécoise du nouveau millénaire, celle des accommodements raisonnables.
Les Sikhs constituent une minorité religieuse en Inde. Mais dans l’État du Punjab, ils sont majoritaires. On s’en est rendu compte en visitant la ville d’Amritsar.
Amritsar, c’est encore « une autre ville indienne ». C’est le bordel, c’est rempli de monde, c’est malpropre, ça pue et il fait chaud. Mais la dynamique est un peu différente de Delhi. Les gens sont moins habitués de voir des étrangers. On se fait donc dévisager sans arrêt. Vraiment, toujours.
Un moment donné, je me brossais les dents dans la salle de bain du Golden Temple. Rien d’anormal. On fait toujours ça avant d’aller se coucher, me semble.
Je suis bien concentré dans mon action. Mais je sens une présence à ma droite. Je regarde du coin de l’œil.
Ayoye.
Y’a quatre gars qui me fixent à deux pouces de la face. C’est tu que j’ai pas le droit de me brosser les dents dans un temple? Pourtant, j’ai vu un Sikh faire pareil v’là 15 minutes.
Faut que je réagisse.
Salut les gars. Voulez-vous savoir d’où j’viens?
« YES! »
Canada.
« CANADA! », avec des gros yeux contents. Mais ils continuent de me fixer.
Want to know my name?
« YES! »
Marc.
« Mmm…arx… Marx! MARX! »
Ouais, c’est ça, on va dire. Pis vous autres?
Ok, moi aussi j’ai pas vraiment bien compris leurs noms.
Ça reste un drôle d’échange. Mais tous les échanges ressemblent à ça, à Amritsar.
Au début, c’est intimidant de toujours se faire fixer. On a constamment l’impression que les gens nous méprisent. Mais, en fait, ils sont juste intrigués. Pour eux, on est une énigme sur pattes.
Mais dès qu’on interagit avec les gens, on voit qu’ils sont sincèrement contents qu’on leur accorde un peu d’attention. Ils sourient comme c’est pas possible. Surtout quand on leur envoie la main. « Allo! », qu’ils crient, pas « hello ».
Le problème, c’est que les Indiens d’Amritsar ont un anglais moins développé, ce qui fait que les discussions ne vont pas plus loin que « Your name? » et « What country? ». Si on s’engage à aller plus loin, ils commencent à te parler en punjabi, et c’est l’incompréhension totale.
Fait intéressant : plusieurs Sikhs connaissent Montréal. La plupart me disait avoir de la famille ou des amis qui y vivent. Les Sikhs représentent en fait le plus grand groupe religieux parmi les Indo-Canadiens.
Maintenant, vous savez quelque chose de plus.
BYE.
-Marx
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« Welcome to Jaipur! », nous lance Saddiq, notre chauffeur, dès qu’on s’assoit dans son Ambassador.
Le gars est né à Jaipur et il connait sa ville comme personne d’autre. Il nous a traîné un peu partout pendant deux jours.
Y’a beaucoup d’animaux, à Jaipur. Des vaches, des cochons, des chameaux,
des éléphants, des singes,… Bon, enfin! Des singes! Les premiers que je vois en Inde.
Y’a aussi beaucoup d’Indiens qui veulent se faire prendre en photo avec nous. Je dois être sur plein de photos de profil d’inconnus sur Facebook.
Y’a aussi beaucoup d’Indiens qui nous parlent français. …Oui, français. C’est bizarre, hen!
« Bienvenue au Temple des Singes! »
Woh, Ganesh! T’as même pas 15 ans pis tu marches nu pied dans la marde de singe. Viens pas me dire que tu sais parler français.
« Oui, monsieur. »
Ben voyons donc. J’en reviens pas. Son français est peut-être pas parfait, mais quand même!
Pis c’est pas tout. Ganesh nous parle aussi en espagnol, en italien et en coréen, en plus de son anglais et de son hindi qu’il maîtrise à la perfection.
Il y a aussi les vendeurs qui utilisent le français pour attirer les touristes. La première fois, j’me suis fait avoir par un p’tit gars qui voulait me vendre une marionnette. Y’a commencé en demandant 5000 roupies pour une seule marionnette. Je lui dis non parce que j’en veux pas de maudite marionnette, mais il continue à descendre le prix. Il me lâche pas, pendant 15 minutes. Je lui dis que j’en veux pas et que, de toute manière, on s’en va manger au resto.
« I wait for you. »
Ok, je vais prendre mon temps d’abord.
On mange pendant plus d’une heure. On sort du resto.
« Monsieur, monsieur! »
AAAH! Il recommence. Il est rendu à 1000 roupies pour deux marionnettes.
On traverse la rue pour aller boire un lassi au fameux Lassi Walla. Le gars continue de négocier tout seul un prix pour que j’achète ses foutues marionnettes. Je continue de lui dire non.
En tout cas, finalement, on embarque dans le char de Saddiq pour aller visiter Amer Fort. Le p’tit vendeur continue à cogner dans ma fenêtre.
« 100 for two! 100 for two, sir! Final! »
Arrête, j’en veux toujours pas de tes satanées poupées.
On décolle.
Faut croire que j’ai le tour pour négocier. Passer de 5000 à 100, en disant pas un mot, sans même avoir l’intention d’acheter. Faut l’faire.
Éventuellement, on a passé près de rater notre train pour retourner à Delhi. Vite Saddiq, on doit crisser notre camp, comme on dit chez nous.
« 15 minutes before train!? Impossible! »
Make it possible, mon Saddiq. Make it possible.
Saddiq nous démarre son Ambassador et dévale les routes et ruelles de Jaipur à toute vitesse et à coups de klaxon. Et surtout, en contournant piétons, cyclistes, motards, vaches, cochons, chiens, nids de poule,… On se serait cru dans une scène de poursuite du prochain James Bond.
Finalement, on arrive à la gare. On saute dans le train. Il se met en marche au même moment.
Fiou.
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Une image vaut trois mots: pâtes au thon.
T’sais, c’est vraiment bon manger de la sauce pis des mets épicés. Mais là, je dois retrouver un peu de consistance dans mon alimentation en vue du demi-marathon de Delhi. Et tous ceux qui me connaissent sont bien au courant de ma diète d’entraînement.
Le problème, c’est qu’on trouve pas du thon partout ici. On doit donc aller dans des endroits plus spécialisés, comme INA Market.
INA, c’est pour Indian National Airways. Demandez-moi pas pourquoi.
J’entends dire que tous les expats vont à INA Market parce qu’on peut tout trouver. Donc, je décide de me rendre là, en métro. Un métro qui est d’ailleurs plus beau, mieux entretenu, mais plus jam packed que le nôtre, à Montréal. Pas super agréable. Surtout à l’heure de pointe. Les gens poussent comme des animaux pour entrer et sortir dans les wagons. Et étrangement, y’a même un gars qui s’est couché la tête sur mon dos, une fois. J’sais ben que c’est commun de faire ça entre Indiens, mais là, moi, je fais pas partie de la gang encore. Épargne-moi, bonhomme.
Mais bon, pour revenir à mon histoire de thon… J’arrive à INA Market. Bizarre. J’avais entendu dire que c’était un des marchés les plus propres de Delhi. Pourtant, ça reste extrêmement sale selon nos standards. On y marche dans un mélange d’eau de poubelle, de jus de viande et de sang d’animaux. J’ai même reçu des gouttes sur la tête, pis j’aime mieux pas savoir c’était quoi. Mais ça m’empêchera pas d’y retourner. Parce y’a des pâtes pis du thon, au moins.
En tout cas, à partir de maintenant, je pense que je ferais un pique-nique dans une ruelle du Chinatown de Montréal n’importe quand.
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